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Pourquoi tant de projets IA échouent… et ce que les entreprises qui réussissent font différemment

By Julien Chaffanjon, Data Scientist, Chez Metam

Pourquoi tant de projets IA échouent

L’IA est devenue un passage obligé. En 2024-2025, aucune roadmap stratégique ne se présente sans IA, machine learning ou GenAI. Les budgets suivent, les POC se multiplient, et les plateformes se modernisent.

Et pourtant, les résultats sont souvent décevants.

Selon un article du Harvard Business Review, plus de 80 % des projets IA n’atteignent pas leurs objectifs business ou n’arrivent jamais en production soit un taux d’échec deux fois supérieur à celui de l’IT traditionnel il y a dix ans.

McKinsey observe que seule moins de 1 entreprise sur 10 parvient à créer de la valeur significative et mesurable à grande échelle avec l’IA.

Le problème n’est donc plus d’adopter l’IA. La vraie question est : pourquoi ça ne fonctionne pas ?

Spoiler : ce n’est jamais qu’un problème technique.

Dans les missions que nous menons chez nos clients, ce constat est récurrent.

Les difficultés ne viennent pas du modèle ou de la technologie choisie, mais de tout ce qui l’entoure : cadrage business flou, données fragiles et organisations qui ne sont pas prêtes à intégrer l’IA dans leurs processus et décisions opérationnelles.

1. L’illusion technologique : confondre IA et valeur business

La première cause d’échec est conceptuelle.

Beaucoup de projets IA démarrent par :

  • une technologie (“on veut faire de l’IA”),
  • un outil (“on a acheté une plateforme”),
  • ou un POC (“regardez ce que le modèle sait faire”)

Mais trop rarement par une question business claire.

Résultat : des démonstrations techniquement impressionnantes, mais déconnectées des décisions réelles, sans sponsor métier fort, et sans indicateur de valeur précis.

C’est ce que nous observons : des POC réussis, mais incapables de passer à l’échelle faute de décision claire sur qui utilise le modèle, quand et pour décider quoi.

À l’inverse, les projets qui délivrent de la valeur sont presque toujours portés par un sponsor métier engagé, avec un objectif simple et mesurable dès le départ.

McKinsey le montre : les projets IA qui réussissent sont 3 fois plus souvent pilotés par un objectif business explicite (réduction de coûts, amélioration de marge, gain opérationnel, etc.), plutôt que par une logique purement technologique.

Dernière illusion : le coût et les délais. Un POC peut se monter en quelques semaines. L’opérationnalisation peut durer des mois.

Les vrais coûts sont ailleurs : données, infra, exploitation et maintenance post-déploiement. Ils représentent souvent l’essentiel de l’effort… et sont rarement anticipés dès le départ.

L’IA n’est pas un produit. C’est un levier, qui n’a de sens que s’il est rattaché à un problème mesurable.

2. La réalité que tout le monde connaît… mais sous-estime : la qualité des données

C’est un sujet moins glamour que les modèles, mais infiniment plus déterminant.

Dans la majorité des entreprises, les données sont :

  • dispersées,
  • hétérogènes,
  • parfois contradictoires,
  • rarement documentées correctement

Selon IBM, le coût de la mauvaise qualité des données représenterait jusqu’à 15 % du chiffre d’affaires des entreprises.

L’IA ne corrige pas ces problèmes. Elle les amplifie.

Sur le terrain, nous avons vu des projets mis en pause non pas pour des raisons techniques, mais parce que personne n’était capable de défendre la fiabilité des données utilisées.

Un modèle entraîné sur :

  • des données incomplètes,
  • biaisées,
  • mal définies,

produira des résultats instables, difficilement explicables, et donc impossibles à industrialiser.

3. Les silos ne sont qu’un symptôme

On parle souvent des silos de données comme du problème central. En réalité, ils ne sont qu’une manifestation d’un problème plus profond.

Les silos persistent même après une migration cloud, la mise en place d’un datalake ou d’une data platform moderne ou l’adoption d’outils de gouvernance.

Pourquoi ? Parce qu’ils sont rarement techniques.

Ils sont :

  • organisationnels (chaque direction/département optimise son périmètre),
  • historiques (empilement d’outils et de décisions passées),
  • politiques (les chiffres sont du pouvoir),
  • culturels (la donnée comme propriété, pas comme actif commun)

Une entreprise peut avoir beaucoup de données… et très peu de vérité exploitable.

Gartner estime que plus de 60 % des initiatives de gouvernance data échouent principalement à cause de facteurs humains et organisationnels, bien avant les limitations technologiques.

4. Une surestimation massive de la maturité interne

Autre cause fréquente : le décalage entre la perception et la réalité.

Beaucoup d’organisations se définissent comme “data-driven” parce qu’elles ont investi dans des outils modernes, migré vers le cloud ou recruté des profils data.

Mais dans les faits, ce que nous observons chez de nombreux clients est différent.

Les indicateurs existent, mais :

  • ils ne sont pas partagés entre les équipes,
  • ils ne sont pas alignés d’une direction à l’autre,
  • et ils sont rarement utilisés pour arbitrer des décisions structurantes

La maturité data ne se mesure donc pas à l’outillage. Elle se mesure à la capacité collective à :

  • prendre des décisions basées sur des indicateurs partagés,
  • faire confiance aux chiffres,
  • arbitrer sur la base de la donnée

Deloitte montre que moins de 30 % des entreprises estiment réellement utiliser la donnée de manière systématique dans leurs décisions stratégiques.

5. Le facteur humain : le grand oublié des projets IA

Même quand la technologie et la donnée sont là, un autre obstacle apparaît : l’adoption.

Un modèle IA qui :

  • n’est pas compris,
  • n’est pas explicable,
  • ou contredit les intuitions métier,

sera contourné ou ignoré.

Selon le MIT Sloan Management Review, les projets IA qui intègrent dès le départ les utilisateurs finaux ont 70 % plus de chances d’être adoptés durablement.

L’IA transforme les rôles, les responsabilités, parfois le pouvoir de décision. Ignorer cet impact humain est une erreur stratégique.

6. Ce que les entreprises qui réussissent font différemment

Les entreprises qui réussissent font rarement quelque chose de spectaculaire. Elles font les fondamentaux.

Avant l’IA, elles travaillent sur :

  1. des cas d’usage business clairement priorisés,
  2. des définitions de données partagées,
  3. un ownership explicite des données clés,
  4. une gouvernance pragmatique,
  5. une estimation réaliste des coûts et délais d’industrialisation, au-delà du POC

 

C’est ce que nous observons chez les organisations qui obtiennent des résultats concrets : moins de projets, mais mieux cadrés avec moins de promesses, mais des gains mesurables.

Elles ne parlent pas d’IA en premier. Elles parlent de décisions, de processus et de responsabilité sur la donnée.

La qualité des données est un processus continu, pas un projet ponctuel. Les entreprises qui l’ont compris construisent des fondations solides sur lesquelles l’IA peut réellement s’appuyer.

La donnée parfaite n’existe pas, mais une donnée suffisamment fiable, oui.

Conclusion

L’échec des projets IA n’est donc généralement pas un échec technologique. C’est un révélateur.

Il met en lumière :

  • des fondations data fragiles,
  • des organisations fragmentées,
  • et une confusion persistante entre innovation et valeur.

 

Sur le terrain, ce que nous observons le plus souvent, ce sont des organisations qui investissent dans l’IA avant d’avoir stabilisé leurs fondations data, clarifié leurs priorités business et préparé leurs équipes à changer leurs modes de décision.

L’IA est un accélérateur. Elle amplifie ce qui existe déjà, le bon comme le mauvais.

Sans données fiables, sans alignement business, sans adoption humaine, elle ne peut pas tenir ses promesses.

La vraie question n’est donc pas : “Sommes-nous prêts pour l’IA ?”

Mais plutôt : “Sommes-nous prêts à regarder honnêtement l’état de notre Data et de notre organisation ?”

Quels sont, selon vous, les vrais freins à l’industrialisation de l’IA dans votre organisation ?

Sources et références :

  • (McKinsey : The state of AI in 2025: Agents, innovation, and transformation) https://www.mckinsey.com/capabilities/quantumblack/our-insights/the-state-of-ai
  • (Harvard Business Review : Keep Your AI Projects on Track) https://hbr.org/2023/11/keep-your-ai-projects-on-track
  • (MIT : The GenAI Divide STATE OF AI IN BUSINESS 2025) https://www.artificialintelligence-news.com/wp-content/uploads/2025/08/ai_report_2025.pdf
  • (RAND : The Root Causes of Failure for Artificial Intelligence Projects and How They Can Succeed) https://www.rand.org/pubs/research_reports/RRA2680-1.html

Quels obstacles freinent vraiment vos projets d’IA ?

L’IA ne crée de valeur que si les données sont fiables, les processus clairs et les équipes pleinement engagées dans son adoption et son utilisation.

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